Son regard...
Un acier bleu et dur, comme une carapace de cristal, comme un bouclier qui s'abaisse, comme un voile de fer qui dissimule un abîme. Un regard défensif, une agression fictive, qui retombe pour dévoiler la blessure, la cicatrice, la douleur mêlée de tristesse. Un regard noyé.
Son regard...
Un regard dans lequel je voyais briller un unique éclat. La lumière avait ton visage: l'issue du labyrinthe, la fin du cauchemar, c'était toi, dans ce regard. Tu étais dans ses yeux, comme tu es dans les miens. J'ai compris que nous étions rattachés par toi: le seul lien possible entre nous.
Son regard...
J'ai pu tout comprendre, tout deviner. J'ai pu voir sa blessure, j'ai pu voir sa douleur, j'ai vu ce lien de lumière qui le reliait à toi, le seul lien qui rattachait encore son âme à la vie. Ce regard, je possède le même: nous sommes des noyés, agrippés à tes yeux comme pour sauver notre peau.
Son regard...
En une poignée de seconde, il a su qui j'étais, j'ai su qui il était. Deux rescapés de la mort, de la vie, deux rescapés qui ne vivaient plus que dans tes yeux. Et je sais que je vais devoir lâcher prise, que je vais devoir m'arracher à toi, que je fais devoir lui céder ma place.
Son regard...
La froideur est revenue, dans ses yeux, dans les miens. Tout n'a été, tout ne s'est résumé que par ce regard muet, froid, tremblant de peur. J'ai peur de la vie sans toi, je voudrais hurler à l'injustice. J'ai bien été baladée, oui, vraiment, tu t'es bien débrouillée.
Ne dis jamais que ce n'est pas ce que je crois: je sais, je ne savais rien, je sais maintenant.
Je sais que tu fais partie de ce que je n'aurais pas.
S'il veut vivre dans les yeux, je ne l'en empêcherais pas. C'est déjà terminé.
Son regard...
Je crois voir un remerciement. Merci de me laisser vivre. Je pourrais répondre Merci de m'assassiner, mais ce n'est pas de bon goût. Et dans le tien, je crois voir un soulagement. Je ne ferais pas d'histoires, je ne ferais pas de scène. Faîtes comme si je n'étais déjà plus de vos vies.
Ne dis jamais que je ne pourrais pas comprendre: je comprendrais, malgré moi.
Je sais que tu as mentit, tout le long de notre histoire. Quelle histoire?
C'est une belle manière de finir, quand on sait qu'autre chose commence.
Son sourire...
Savoir ce qu'il a de plus que le mien, ça me hantera. ça me tuera, lentement, toute ma vie j'en mourrais, de ces yeux qui m'ont pris les tiens. Mais je devrais m'y faire, parce que mon regard ne te rendait pas heureux. J'étais dans l'illusion d'un bonheur, à sens unique.
Son regard m'achève: c'est déjà finit.
Je crois que c'était finit avant même de commencer, pour nous. Pour toi et moi.
Je crois que ça avait commencé depuis toujours, pour vous. Pour toi et lui.
Vous me faîtes mal: vous ne savez pas encore à quel point.
J'en mourrais, on saura pourquoi.
Adieu, donc, et garder dans vos sourires le souvenir du mien.
Illusoire.
Puisque la "vraie histoire" n'est plus la mienne.
Où se cache la vérité? Où est ma place?
Adieu, donc, et garder dans vos regards le souvenir du mien.
A jamais.